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Génocide dans l'ancienne préfecture de Cyangugu: actes de violence et meurtres commis contre les Tutsi sur des allégations de pose de mines dans différentes parties de la préfecture depuis 1992

Comme l'explique l'étude menée par la Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG) sur l'histoire du génocide contre les Tutsi dans l'ancienne préfecture de Cyangugu, depuis 1992, la préfecture de Cyangugu a été caractérisée par les persécutions des Tutsi où ces derniers  auraient été à l'origine de la pose de mines explosifs qui explosaient à travers la préfecture.

Dans la commune de Gafunzo, depuis novembre 1992, des informations se sont répandues selon lesquelles il y avait des gens qui avaient des   mines dans l'ancien secteur de Bugeza. Le conseiller du secteur Bugeza, Sibomana Pascal en collaboration avec Kanyamukenke Evariste et Ntakirutimana Faustin, partisans du parti MDR, a effectué un écureuil pour chasser et appréhender les personnes soupçonnées d'avoir les mines. Ils ont alors enlevé Rwigemera Alfred et Kabahizi Callixte et les ont emmenés dans un endroit appelé Kagarama, ils les ont battus presque à mort.

La nouvelle s'est rapidement répandue aux bureaux de la préfecture selon laquelle il y avait des gens dans le secteur de Bugeza qui avaient des mines. En entendant cela, le Lt Samuel Imanishimwe, commandant de l'armée dans la préfecture de Cyangugu et Bikorimana se sont rendus à Bugeza. Lorsqu'ils y sont arrivés, ils ont constaté que ces présumés suspects avaient été battus presque à mort. Ils les ont chargés dans la voiture pour les amener à la commune de Gafunzo mais ils ont succombé en cours de route.

Lorsqu'ils sont arrivés aux bureaux de la commune de Gafunzo, ils ont trouvé une foule de personnes de l'endroit appelé Ntango, dirigée par le conseiller Sibomana Pascal, qui avait élaboré le plan pour confirmer que les Tutsi étaient ceux qui avaient apporté les explosifs.

Cela a conduit à l'arrestation de plusieurs Tutsi, dont Kayenzi Patrice, le fils de Ntamunoza Thacien à Kabahizi, Kayiranga Damascène, Mukakarinda Odette et son frère Murera Aphrodis sur des allégations selon lesquelles ils auraient apporté les explosifs de mine.

Le 13 novembre 1992, un avion les a emmenés à Kigali où ils ont été torturés et par hasard relâchés plus tard.

Dans la commune de Kirambo, il y a un explosif de mine qui a explosé sur le marché de Kirambo à Nyamasheke et blessé plusieurs personnes. Après l'explosion, il y avait un certain Rutagengwa Alexandre, frère cadet de Paul Mupipi, qui célébrait son mariage, puis le bourgoumestre de la commune de Kirambo Mathias Mayira a dit aux citoyens que Rutagengwa était celui qui avait posé la mine pour qu’elle puisse tuer ou blesser les Hutu puisque les Tutsi étaient chez lui à la célébration du mariage. Ce message du bourgoumestre a alimenté la haine parmi les Hutu et les Tutsi. Heureusement, personne n'a été arrêté car aucun suspect n'a été identifié.

Dans la commune de Kagano, en août 1992, un explosif de mine avait été posé à Kamiranzovu, près de la paroisse catholique de Nyamasheke sur la route reliant Nyamasheke à Kibuye. L'explosif a fait exploser la voiture transportant le père  Gakwerere Silas, originaire de Kamasera à Butambara, Nyamasheke qui était alors curé de la paroisse catholique de Hanika dans l'ancienne commune de Gatare. Même si l'explosif a fait exploser la voiture transportant le prêtre, les dirigeants ont répandu des rumeurs selon lesquelles ceux qui l'avaient posé s'attendaient à ce qu'il fasse exploser les passagers dans le gros bus de Kibuye à Kamembe à Cyangugu. Cet explosif a alimenté la tension et la déloyauté; les chefs civils et militaires ont affirmé qu'il avait été posé par les Tutsi, ce qui a accru la zizanie  au sein de la population.

Dans la nuit du 13 au 14 novembre 1992, un autre explosif de mine a explosé près du domicile de Songa Innocent qui habitait dans le secteur de Nyamasheke, près des bureaux de la commune de Kagano. Songa Innocent était un Tutsi qui avait été victime de torture depuis 1973 quand il a été démis de ses fonctions d'enseignant et emprisonné en 1990 sur des allégations selon lesquelles il serait complice du FPR-Inkotanyi. Après l’explosion d’une mine près de son domicile, des informations se sont rapidement répandues dans toute la commune de Kagano selon lesquelles la mine avait été posée par la famille de Songa afin d’exterminer les Hutu. L'événement a été suivi de plusieurs actes de violence dont le pillage et la consommation de vaches des Tutsi. Songa a été arrêté et emprisonné dans la prison de Cyangugu.

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